Parole aux Supporters : petits arrangements entre amis confinés

Un supporter Montpelliérain, @alarelance, souhaitait s’exprimer sur l’arrêt de la Ligue 1. MHSC OnAir lui a donné la parole.

La décision du Conseil d’Administration de la Ligue de Football Professionnel (LFP) en date du 30 avril 2020, concernant l’arrêt de la saison de football 2019/2020 et ses conséquences sportives, a fait couler beaucoup d’encre.

L’épidémie du COVID-19 a obligé notre pays à basculer dans un état d’urgence sanitaire dont nous ne sommes pas encore sortis et a entrainé toute une série de mesures dont il serait irresponsable de contester le bien-fondé. En matière footballistique, la conséquence a été l’arrêt de toutes les compétitions organisées dans notre pays, et cette décision apparait juste et légitime au regard du principe de précaution sanitaire. Mais il y a plusieurs manières de sortir d’une crise, ou du moins d’en atténuer ses effets. Certaines sont plus humaines que d’autres, malheureusement la position de la LFP apparait aujourd’hui comme brutale, inhumaine voire illégitime ou illégale. En condamnant par exemple le club d’Amiens a la relégation alors qu’il lui restait 9 journées de championnat pour « sauver sa peau », sachant que ce club est coutumier du fait et arrive, saison après saison, à se maintenir in extremis lors des toutes dernières rencontres. Alors la Ligue aurait-elle pu, dû, faire comme la Ligue de Rugby et ne prononcer aucune relégation afin de tenir compte du désarroi dans lequel certains clubs ont été plongés du fait de ne pouvoir défendre leurs chances sur le terrain ? Examinons quelques éléments de droit qui tendent à prouver que la solution juridique retenue est profondément subjective, contestable et repose simplement sur une interprétation abusive des règlements.

Un flou juridique

Quand l’on écoute Philippe Piat, le Président du Syndicat International des Joueurs Professionnels, justifier le non-repêchage d’Amiens au motif que ceci était « impossible au regard des règlements » et qu’il ne peut être imaginé une Ligue 1 à 22 clubs on reste songeur. Ce membre du CA de la Ligue, qui a donc participé au vote, invoque une application stricte des règlements. Soit, mais je rappellerai que le classement du championnat est régi par les articles 518bis et 518ter du règlement des compétitions. Et que dans sa délibération le CA de la Ligue indique : « considérant que les règles applicables ne permettent pas de régler la situation actuelle, il convient, en l’absence de règles préétablies, de retenir la solution qui s’approche le plus des règles… ». Nous y voilà, les articles précités régissent une épreuve composée de 19 matches aller et 19 matches retour. Donc la saison étant tronquée ils deviendraient inapplicables. En gros, on nous explique que l’on va faire ce que l’on veut en tripatouillant un classement selon l’influence de chaque club ou membre prenant part au vote. Répondre que l’on ne peut déroger au règlement voté alors que l’instance écrit même qu’il est inapplicable en l’espèce est particulièrement savoureux. Second exemple du grand flou artistique les fameux coefficients de départage entre les équipes ! On nous explique qu’il faut inventer un indice de performance car les règlements là encore ne permettent de départager les équipes du fait que tous les matches n’ont pas été joués. Et du coup on évacue la possibilité d’arrêter le championnat à la dernière journée intégralement disputée, la 27ème, qui accessoirement envoyait Lyon et Montpellier en Ligue Europa au détriment de Nice et de Reims. Et qu’en cas d’égalité entre clubs à l’indice de performance, il sera fait appel aux confrontations particulières entre les équipes, à condition qu’elles se soient affrontées à l’aller au retour. Voilà donc le second magnifique tour de passe-passe ! Imaginez-vous que la 28ème journée étant incomplète il va être simulé le dernier match ou du moins il va être intégré dans le fameux indice de performance. Car si l’on estimait qu’il n’a jamais eu lieu il serait impossible de retenir la 28ème journée comme référence. Là encore, soit. Mais quand il s’agit de départager les équipes ex-aequo, exemple Lyon, Montpellier et Monaco qui ont le même indice de performance, on ne retient que les matches effectivement joués et si le retour n’a pas eu lieu ce critère est abandonné. C’est ainsi que le MHSC qui a battu l’OL lors de leur seule confrontation de la saison se trouve classé 8ème derrière l’OL 7ème… Nous constatons donc que la Ligue fait une application à géométrie variable du fait que tous les matches n’ont pas été disputés. Pour arrêter le mode de calcul intégrant la 28ème journée non intégralement disputée, on prend en compte le fameux match Strasbourg/PSG qui ne s’est jamais déroulé, par contre pour départager les ex-aequo on ne prend pas en compte les matches retour non joués (OL/MHSC)… Cet exemple est révélateur du mode de raisonnement de la Ligue qui a décidé d’une position faisant plaisir au plus grand nombre des membres présents, quitte ensuite à habiller juridiquement et de manière fort aléatoire la rédaction de son délibéré.

Un scandale éthique

Mais le plus grave du point de vue de l’éthique est la manière dont ce vote s’est déroulé. Que ce soit pour l’attribution du titre, des places européennes ou pour les relégations, c’est le CA de la Ligue qui a tranché. Or celui-ci comprend un collège des clubs professionnels, siégeaient donc pour représenter la Ligue 1 les Présidents du PSG, de l’OM, de Lille, de Saint-Etienne, d’Angers, de Nantes, de Reims, de Montpellier et d’Amiens. Que certains soient intéressés en l’affaire ne semble choquer personne. Dans un fonctionnement démocratique, par exemple toute délibération d’une collectivité locale, lorsqu’un élu est intéressé par l’affaire examiné, notamment financièrement, on lui demande de sortir de la salle et de ne pas prendre part au vote sous peine de nullité de la délibération. C’est même expressément mentionné lorsque celle-ci est rédigée afin d’éviter tout recours devant le juge ! Là excusez-moi mais l’on parle de relégation, c’est-à-dire parfois de vie ou de mort d’un club (combien ne se sont jamais remis d’une relégation en sombrant les années futures : Sedan, Le Mans…), l’on parle de titre de champion (imaginez si 1 point seulement avait séparé le PSG de l’OM), l’on parle de qualification européenne (de l’ordre de 6 à 7 M d’euros) et on a laissé les présidents concernés prendre part aux délibérations et voter ? Concrètement vous avez la possibilité d’octroyer 6 à 7 M d’euros à Nice et Reims en lieu et place de Lyon et Montpellier vous faites quoi ?  Sachant qu’il y a eu 25 votants avec 3 voix contre, 2 abstentions et donc 20 voix pour, le détail des votes révélé par « Le Parisien » en est le suivant : Nous comprenons parfaitement que Marc Ingla, représentant le LOSC, qui est intervenu pour s’opposer à cette décision qu’il qualifiait d’injuste a voté contre, de même Bernard Joannin qui n’a pas pu voter la relégation de son propre club en Ligue 2 ! Waldemar Kita s’est également opposé à cette décision. Laurent Nicollin, le Président du MHSC, a eu l’extrême élégance de s’abstenir lors de ce vote car son club était concerné. Nous apprenons également que Gilbert Thiel, ancien juge antiterroriste, et membre du collège des indépendants s’est abstenu. CE QUI VEUT DIRE que le Président du Stade de Reims ne faisait pas partie de ces 5 « réservés » et que nous tenons là un parfait exemple de prise illégale d’intérêts… Et qu’il a volontairement favorisé le vote d’une décision qui avantageait son club en lui octroyant 6 ou 7 M € au détriment de l’OL ou du MHSC !!! Car le championnat de France de football est organisé par la Ligue sous l’autorité de la Fédération Française de Football qui a reçu une délégation de service public de la part de l’Etat… En conclusion, nous ne sommes pas à une contradiction éthique ou illégalité près. Dans le meilleur des mondes et en raison du mouvement de solidarité dont a fait preuve notre pays en ces temps difficiles, nos chers Présidents de clubs auraient pu saisir l’occasion de tendre eux aussi la main. Mais ils ont choisi, dans le cas d’Amiens, d’enfoncer la tête sous l’eau de l’un de leurs malheureux concurrents. À chacun de juger en son âme et conscience…

2 Comments on “Parole aux Supporters : petits arrangements entre amis confinés”

  1. Je m’étonne encore que les clubs de Lyon et MONTPELLIER n’aient pas fait encore appel auprès du Tribunal Administratif du Sport : cela concerne la place de 5ème pour Lyon et de 6 ème pour le MHSC, qualificatif pour les compétitions européennes , à la fin des matchs joués par toutes les équipes ( soit un match avant la journée où le match Strasbourg -PSG n’a pas été joué – et c’est normal : si Strasbourg gagnait ce match , il devenait 5 ème ! )
    Peut être faut-il attendre que JM-AULAS ait terminé ses chamailleries de cour d’école avec l’OM pour
    qu’il monte au créneau pour défendre son club !

  2. Comme je l’ai déjà dit ailleurs ton Tribunal Arbitral du Sport (TAS) n’est pas compétent pour le moment, c’est une instance internationale dépendant du monde sportif…Là nous sommes dans un recours de droit administratif français et c’est la Tribunal Administratif de Paris puis le Conseil d’Etat en appel qui auront à examiner toute demande contre cette décision de la LFP.

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